L'Eucharistie chez les Pères de l'Eglise 

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                            St Augustin   

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                      Didachè,9

  Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été recueilli pour n'en faire plus qu'un, rassemble ainsi ton Eglise des extrémités de la terre dans ton royaume.

              l'Eglise fait l'eucharistie, l'eucharistie fait l'Eglise 

                                                            H. de Lubac                                                      

     Gaudence de Brescia - Homélie pascale

  Ensuite, il faut que le pain soit fait avec la farine de nombreux grains de froment, mêlée à de l'eau, et reçoive du feu son achèvement. on y trouve donc une image ressemblante du corps du Christ, car nous savons qu'il forme un seul corps avec la multitude des hommes, qui a reçu son achèvement du feu de l'Esprit Saint.

    ( Le pain image de l'Eglise rassemblée     -  Feu de la Pentecôte :  naissance de l'Eglise )

   De même, le vin de son sang est tiré de plusieurs grappes, c'est-à-dire de raisins de la vigne plantée par lui, écrasés sous le pressoir de la croix versé dans le coeur des fidèles au moyen de grandes coupes, il y bouillonne par sa propre vertu.

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   Le Pressoir mystique, Vitrail. 1600-1625. Saint-Etienne-du-Mont. Paris

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       Augustin d'hippone  -  Sermon 227

  Ce pain sacré nous apprend donc combien nous devons aimer l'union. En effet, est-il formé d'un seul grain ? N'est-il pas au contraire composé de plusieurs grains de froment ? Ces grains, avant d'être transformés en pain, étaient séparés les uns des autres ; l'eau a servi à les unir après qu'ils ont été broyés. Car si le froment n'est moulu, et si la farine ne s'imbibe d'eau, jamais on n'en fait du pain.

  C'est ainsi que durant ces jours passés vous étiez en quelque sorte écrasés sous le poids des humiliations du jeûne et des pratiques mystérieuses de l'exorcisme. L'eau du baptême est venue comme vous pénétrer ensuite, afin de faire de vous une espèce de pâte spirituelle.

  Mais il n'y a pas de pain sans la chaleur du feu. De quoi le feu est-il ici le symbole ? Du saint chrême : car l'huile qui entretient le feu parmi nous est la figure de l'Esprit-Saint. Soyez attentifs à la lecture des Actes des Apôtres. Remarquez donc et reconnaissez que le Saint-Esprit descendra le jour de la Pentecôte. Comment viendra-t-il ? Comme un feu, puisqu'il s'est montré sous la forme de langues de feu. C'est lui en effet qui nous inspire la charité afin de nous enflammer d'ardeur envers Dieu et de nous pénétrer de mépris pour le monde, afin encore de consumer en nous ce qui est comme la paille et de purifier notre coeur comme on purifie l'or. Ainsi donc le Saint-Esprit viendra comme le feu après l'eau, et vous deviendrez un pain sacré, le corps de Jésus-Christ. N'est-il pas vrai alors que le sacrement de la table sainte nous rappel l'unité ?

  Augustin d'Hippone  -  Sermon 272 - Pour Pentecôte

  Veux-tu savoir ce qu'est le corps de Christ ? Ecoute l'Apôtre, voici ce qu'il écrit aux fidèles : "Or vous êtes le corps du Christ et ses membres". Mais si vous êtes le corps et les membres du Christ, n'est-ce pas votre emblème qui est placé sur la table sacrée, votre emblème que vous recevez. à votre emblème que vous répondez "Amen", réponse qui témoigne de votre adhésion ? On te dit : Voici le corps du Christ "Amen", réponds-tu, pour rendre vraie ta réponse, sois membre de ce corps

  Pourquoi sous l'apparence du pain ? Ne disons rien de nous-mêmes, écoutons encore l'Apôtre. Voici comment il s'exprimait en parlant de ce sacrement : "Quoiqu'en grand nombre, nous sommes un seul pain, un seul corps". Comprenez et soyez heureux. O unité ! ô vérité ! ô piété ! ô charité ! "Un seul pain" ! Quel est ce pain ? "Un seul corps" !

  Rappelez-vous qu'un même pain ne se forme pas d'un seul grain, mais de plusieurs. Au moment des exorcismes, vous étiez en queque sorte sous la meule ; au moment du baptème, vous deveniez comme une pâte ; et on vous a fait cuire en quelque sorte quand vous avez reçu le feu de l'Esprit-Saint. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. Voilà ce qu'enseigne l'Apôtre sur ce pain sacré. Pour former cette apparence sensible de pain, on unit avec l'eau la farine de plusieurs grains, symbole de ce que dit l'Ecriture des premiers fidèles, lesquels "n'avaient qu'une âme et qu'un coeur envers Dieu".

  Ainsi en est-il du vin. Rappelez-vous, mes frères, comment il se fait. Voilà bien des graines suspendues à la grappe ; bientôt elles ne formeront qu'une même liqueur.

  Tel est donc le modèle que nous a donné le Christ Notre Seigneur. C'est ainsi qu'il a voulu nous unir à sa personne et que sur sa table il a consacré le mystère de la paix et de l'unité que nous devons former. Recevoir ce mystère d'unité sans tenir au lien de la paix, ce n'est pas recevoir un mystère qui profite, c'est recevoir un sacrement qui condanne. 

   Augustin d'Hippone  -  Explicayion de la messe aux néophytes 1-2

  Ce que vous voyez, frères biens-aimés, sur la table du Seigneur, c'est du pain et du vin. Mais ce pain, ce vin, par le Verbe devient le corps, le sang du Verbe. Le Seigneur, "au commencement, était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu". Dieu par miséricorde n'a point méprisé ce qu'il a créé à son image, "et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous", comme vous le savez. Car le Verbe lui même a assumé la nature humaine, c'est-à-dire l'âme et la chair de l'homme, il s'est fait homme, tout en demeurant Dieu. Voilà pourquoi celui qui a souffert pour nous, nous a légué dans ce sacrement son corps et son sang, que nous sommes devenus nous-mêmes. Car nous sommes devenus son corps, et par sa miséricorde nous sommes ce que nous recevons. 

  Souvenez-vous que cette matière s'est trouvée d'abord dans un champ. La terre l'a enfantée, la pluie l'a nourrie, elle est devenue une tige ; ensuite le travail de l'homme l'a engrangée, l'a triturée, ventilée, transformée, transportée, moulue, humectée, cuite, jusqu'à en faire du pain.

  Souvenez-vous-en aussi : alors que vous n'existiez pas, vous avez été crées, vous avez été conduits jusqu'à l'aire du Seigneur, vous avez été triturés par le travail des boeufs, c'est-à-dire par ceux qui vous ont annoncé l'évangile. Une fois catéchumènes, vous étiez engrangés : vous avez donné vos noms. Vous avez commencé à être moulu par les jeûnes, les exorcismes. Après, vous êtes venus à la fontaine, vous avez été baptisés, vous êtes devenus un seul corps. Vous avez été cuits par le feu de l'Esprit-Saint et vous êtes devenus le pain du Seigneur.

  Voilà ce que vous avez reçu. Vous voyez ce que vous êtes devenus : un corps. Soyez-le en réalité vous aussi, en vous aimant, en gardant une même foi, une même espérance, une charité indivise.

  De même, le vin formé de nombreuses grappes, ne fait plus qu'un. Il est un dans la suavité de la coupe, mais après le pressurage du vigneron. Vous aussi après les jeûnes, les efforts, après l'humiliation et la contrition au nom du Christ, vous avez abouti dans la coupe du Seigneur. Vous êtes sur la table, vous êtes dans la coupe. Avec nous, vous êtes ce mystère, ensemble nous le recevons, ensemble nous le duvons, car ensemble nous le vivons.

       Cyprien de Carthage  -  Lettre 63,13

  De même que des grains multiples réunis, moulus et mêlés ensemble, font un seul pain, ainsi dans le Christ qui est le pain du ciel, il n'y a, sachons-le bien, qu'un seul corps, avec lequel notre pluralité est unie et confondue.

Cyrille d'Alexendrie  -  Commentaire sur St Jean, IV,2

  "Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine jusqu'à ce que le tout ait levé". Ne parlons pour l'instant que du levain. De même que selon saint Paul "un peu de levain fait lever toute la pâte", de même la plus petite parcelle de l'Eucharistie se mêle à tout notre corps et le remplit de sa force propre : c'est ainsi que le Christ est en nous et que nous sommes en lui car on peut dire en toute vérité que le levain est dans toute la pâte et la pâte dans tout le levain.

   Jean Chrysostome  -  Homélie 24 sur 1Co,2

  "Le pain que nous rompons n'est-il pas la communion du corps du Christ ? ". Pourquoi ne dit-il pas : la participation ? C'est pour exprimer quelque chose de plus, pour indiquer une intime union ; car il n'y a pas seulement participation, partage, il y a union. Il cherche une autre expression pour rendre une union encore plus intime ; c'est pourquoi il ajoute : "Car nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et un seul corps"

    Jean Chrysostome  -  Homélie 46 sur St Jean,2-3

  Il a uni, confondu son corps avec le nôtre, afin que nous soyons tous comme un même corps, joint à un seul chef. En effet, c'est là le témoignage et la marque d'un ardent amour.

    Augustin d'Hippone  -  Traité 27 sur St Jean,6

  Pour que nous soyons ses menbres, nous nous unissons intimement à lui ; et ne faire plus qu'un avec lui, c'est l'effet de la charité seule. Et l'amour de Dieu, d'où nous vient-il ? interroge l'Apôtre, il te l'apprendra : "L'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné". Je vous parle ainsi, pour vous faire aimer l'union avec le Christ, pour vous faire craindre d'en être séparés.

    Ignace d'Antioche  -  Lettre aux Philadelphiens,4

  Ayez donc soin de ne participer qu'à une seule Eucharistie ; car il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ, et un seul calice pour nous unir en son sang, un seul autel, comme un seul évéque avec le presbyterium et les diacres, mes compagnons de service : ainsi, tout ce que vous ferez, vous le ferez selon Dieu.

"Appliquez-vous à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix. Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptème ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous." (Ep 4,3-6)

  Augustin d'Hippone  -  Sermon 227

  "La paix soit avec vous", et les chrétiens se donnent alors un saint baiser. Ce baiser est un symbole de paix ; ce que témoignent les lèvres doit se passer dans le coeur. De même, donc que tes lèvres s'approchent des lèvres de ton frère, ainsi ton coeur ne doit pas s'éloigner du sien.

    Jean Chrysostome  -  Homélie  24 sur la 1 lettre aux Corinthiens,2

  "Nous participons tous à un même pain". Et bien, maintenant, si nous participons tous au même pain, et si tous nous devenons cette même substance, pourquoi ne montrons-nous pas la même charité ? Pourquoi, par la même raison, ne devenons-nous pas un même tout unique ? C'est ce que l'on voyait du temps de nos pères : "Toute la multitide de ceux qui croyaient, n'avaient qu'un coeur et qu'une âme".

  Il n'en est pas de même à présent ; c'est tout le contraire. Des guerres innombrables, et sous toutes formes, ne montrent que trop que nous sommes plus cruels que les bêtes féroces, pour ceux dont nous sommes les membres, et qui sont les nôtres. Et pourtant, ô homme, c'est le Christ qui est venu te chercher, toi qui étais si loin de lui, pour s'unir à toi ; et toi, tu ne veux pas t'unir à ton frère ? Tu n'y mets pas l'empressement que tu devrais montrer ; tu te sépares violemment de lui, après avoir obtenu du Seigneur une si grande preuve d'amour, et la vie !

       Augustin d'Hippone  -  Taité 26 sur St Jean, 13

  "Nous ne sommes tous qu'un seul pain et un seul corps". O profond mystère de piété ! ô signe d'unité ! ô lien de charité ! Celui qui veut vivre, sait où il jouira de la vie, où il la puisera. Qu'il s'approche et qu'il croie, qu'il s'incorpore au Christ, il y trouvera la vie ; qu'il ne lui répugne aucunement de s'unir à d'autres membres ; qu'il ne soit lui-même ni un membre pourri, que l'on doive retrancher du reste du corps, ni un membre difforme dont on puisse rougir : qu'il soit beau, bien proportionné, parfaitement sain ; qu'il ne fasse qu'un avec le corps du Christ ; que, puisant sa vie en Dieu, il vive pour Dieu ; qu'il travaille sur la terre, pour régner un jour dans le ciel.

       Jean Chrysostome  -  Homélie 50 sur Matthieu

  N'estimons pas suffisant pour l'accomplissement de notre salut, de présenter à la table sacrée un vase d'or enrichi de pierreries, après avoir dépouillé les veuves et les orphelins. Voulez-vous honorer ce sacrifice ? Offrez cette âme pour laquelle le Christ a été immolé. Faites-la d'or, cette âme. Vous voulez rendre honneur au corps du Sauveur ? Ne le dédaignez pas lorsque vous le voyez couvert de haillon. Après l'avoir honnoré dans l'église avec des ornements de soie, ne le laissez pas dehors souffrir de froid dans le dénuement. Tout en décorant la maison de Dieu, ne méprisez pas votre frère indigent. Le temple de ce frère est plus précieux que celui de Dieu.

      Jean Chrysostome  -  Homélie 27 sur 1 Co 11,17

  Si c'est pour l'Eucharistie que vous venez, ne posez donc aucun acte qui contredise l'Eucharistie, ne faites pas de peine à votre père, ne méprisez pas l'indigent, ne vous enivrez pas, n'insultez pas l'Eglise.

  Vous venez de rendre grâce pour les bienfaits reçus ; efforcez-vous de rendre la pareille, et ne vous séparez pas de votre prochain.

  Vous avez pris part à ce repas divin, et quand vous devriez être plus compatissants des hommes, vous touchez aux limites de la cruauté ! Vous avez bu le sang du Seigneur et vous méconnaissez encore votre frère ! L'eussiez-vous méconnu jusque là, vous devriez le reconnaître à cette table.

  Donnons au Christ la nourriture, le breuvage, le vêtement : voilà ce qui nous rendra dignes de cette table.

             Augustin d'Hippone  -  Sermon sur l'Eucharistie, aux néophytes, 3

  Si vous recevez dignement le mystère de l'Alliance nouvelle, qui vous donne l'espérance de l'éternel héritage, gardez le commandement nouveau, en vous aimant les uns les autres et vous avez la vie en vous.

           Augustin d'Hippone  -  Traité 26 sur St Jean, 14

  "Les Juifs disputaient donc entre eux et disaient : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? " Ils disputaient entre eux, sans aucun doute, parce qu'ils ne comprenaient point que c'était un pain de paix et de concorde, et ne voulaient pas davantage s'en nourrir. Car ceux qui mangent ce pain ne se disputent pas entre eux ; la raison en est que " nous sommes tous un même pain et un même corps". Et, par ce pain,"Dieu unit les hommes et les fait habiter dans une même maison".